dimanche 20 février 2011

Une question d'image


Quelle est l'image d'Haiti entretenue à travers le monde? Quelle est l'image d'Haiti qu'ont les Haïtiens? Ce sont les questions que je me pose depuis que la nouvelle du traitement infligé à notre équipe U-17 à la Jamaïque s'est répandue dans le pays. Plus d'un an après le séisme du 12 janvier 2010, plusieurs peuples et nations continuent de manifester leur volonté d'aider Haiti à surmonter cette épreuve, à se remettre debout. L'ancien Premier Ministre jamaïcain, PJ Patterson était en Haiti, participant a une réunion du CIRH au moment  les autorités de son pays expulsaient des jeunes haïtiens pour cause de malaria. Si dans les discours officiels, la mode est de dire que tout le monde veut aider Haiti et les Haïtiens, qu'en-est il en réalité? Est-ce que le fait de réclamer une reconstruction efficace et rapide, de plaider en faveur des relations de commerce entre les pays, le fait de se déclarer ami d'Haiti -- est-ce que tout cela permet à certains pays de continuer à discriminer contre les Haïtiens dans les situations moins médiatisées?

Dans une note officielle du Ministère des Affaires Etrangères, les autorités jamaïcaines affirment qu'elles sont obligées d’être vigilantes face au malaria car le moustique qui le transmet est endémique dans leur île et il y a un vrai danger de transmission si le parasite est introduit  au sein de la population. J'avoue ne pas trop comprendre. Avaient-ils peur que les membres de l’équipe aient des moustiques dans leurs valises? Je ne suis pas médecin, mais après avoir marché aux cotés des membres de l’équipe lors de la marche organisée pour leur manifester notre solidarité, je peux affirmer que je n'ai pas contracté le malaria pour avoir marché avec eux, respiré le même air qu'eux. Dans les années 80, le peuple haïtien était accusé d’être à l'origine du SIDA et on voit que cette perception erronée persiste encore avec l'affaire récente du DJ Cipha Sounds à New York. Mais si quasi tous étaient d'accord pour dire que les propos du DJ étaient déplacés et insultants, j'ai relevé plus de réserve en ce qui concerne ce qui s'est passé à la Jamaïque. Certains ont affirmé que c'est tout à fait normal que la Jamaïque veuille protéger ses citoyens. D'autres se sont demandés si la Fédération Haïtienne de Football n'avait pas commis de faute pouvant conduire à un tel traitement. Pourquoi toutes ces considérations? Peut-il vraiment exister une raison logique pour que des jeunes sportifs de 16 et de 17 ans venus représenter leur pays soient traités en criminels? Si d'autres semblent le croire, cela m’étonne de la part de certains Haïtiens.


Philippe Vorbe
Cela fait tellement longtemps que les Haïtiens sont les bêtes noires de la Caraïbe, et parfois on penserait du monde même! (Je me rappelle mon étonnement une fois que je voyageais avec une amie indienne et que j'ai pu constaté la façon dont elle a été harcelée par les autorités des différents pays dans lesquels nous faisions escale. Je croyais que cela n'arrivait qu'aux Haïtiens!) C'est peut-être inévitable que certains d'entre nous arrivent à intérioriser l'image que d'autres ont de nous. Compréhensible, mais tellement dommage. Haiti est souvent représenté comme pays désespérément pauvre, anarchique et écartelé. Certes, il existe ici des problèmes, comme partout ailleurs. Mais notre pays ne pas être réduit à ces images négatives.

L'insulte faite aux jeunes joueurs haïtiens et par extension au pays, a soulevé un tollé d'indignation et de colère.   Des pétitions ont été lancées, ainsi que des notes de protestations et des appels aux boycotts, tout ceci en plus des actions prises par le gouvernement, comme le rappel du chargé d'affaires ou par la Fédération Haïtienne du Football, comme les protestations auprès des instances officielles du football.

C'est une image de résistance à l'outrage, de dignité et de grandeur que le pays donne actuellement au monde alors que des Haïtiens d'ici et d'ailleurs se mobilisent. L'image de mon pays que je choisi de garder et de promouvoir est celle que j'ai vu hier dans les rues de Port-au-Prince: des milliers d'Haïtiens, hommes, femmes, enfants, marchant avec notre équipe pour leur dire que nous sommes tous avec eux, qu'ils sont et demeurent nos champions.

NM


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Jhon Miky Benchy Estama, capitaine de l’équipe

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